La bigorexie? En souffrez-vous?

En écoutant Télé-Matin sur TV5 ce matin, j’ai été intéressée par un sujet dont on n’entend pas souvent parler et qui est bien réel, la bigorexie ! J’ai voulu écrire un petit blogue là-dessus, car je connais quelqu’un qui souffre de ce problème. Avez-vous déjà entendu parler de la bigorexie ? Initialement utilisé dans le monde du culturisme, ce terme peut concerner plusieurs types d’activités physiques et sportives. Plus connue en Europe, particulièrement en France, la bigorexie (aussi appelée la dépendance au sport, ou anorexie inversée) a été reconnue, en 2011, par l’Organisation mondiale de la santé, comme faisant partie des dépendances comportementales (ex., dépendance aux jeux d’argent ou vidéo, achats compulsifs, dépendances sexuelles, affectives ou autres).

La bigorexie est souvent associée aux troubles alimentaires et à la dysmorphie musculaire et corporelle, mais pas toujours. Des spécialistes d’un centre de recherches en psychopathologie de Toulouse en ont proposé la définition suivante : « la bigorexie est un besoin irrépressible et compulsif de pratiquer régulièrement et intensivement une ou plusieurs activités physiques et sportives en vue d’obtenir des gratifications immédiates, et ce, malgré des conséquences négatives possibles à long terme sur la santé physique, psychologique et sociale ».

Curieux paradoxe, puisque les bienfaits de l’activité physique régulière ont été largement documentés dans la littérature. Mais comment expliquer qu’une chose si positive puisse devenir néfaste pour la santé ? D’une part, lorsque l’activité physique nuit au fonctionnement social en primant sur toutes les autres sphères de la vie (famille, conjoint(e), enfants, travail, amis, etc.). D’autre part, lorsque l’on cesse d’écouter son corps en continuant à s’entraîner bien qu’épuisé, malade ou blessé. Ainsi, la bigorexie s’avère nuisible puisqu’elle amène à faire de l’exercice de manière compulsive et au-delà des limites physiques, physiologiques et psychologiques de l’organisme.

Bien évidemment, toutes les personnes qui pratiquent un sport de façon intensive ne développent pas une dépendance.

Pour parler de dépendance au sport, plusieurs manifestations doivent être présentes :

1– Les personnes souffrant de bigorexie se sentent généralement mal, voire déprimées, si elles ne pratiquent pas d’activité physique tous les jours.

2– Elles organisent et planifient toutes leurs journées en fonction de leur activité physique.

3– Elles trouvent qu’elles ne s’entraînent jamais assez et sont obsédées par leur poids et leurs performances.

Ainsi, la bigorexie peut présenter des risques pour la santé. Au-delà des problèmes potentiels au niveau professionnel, familial et psychologique, elle représente aussi des risques d’épuisement généralisé, de déchirures musculaires, des atteintes tendineuses, des fractures osseuses, notamment les fractures de stress, etc.


Les causes :

Comme toutes les dépendances, les causes associées au développement de la bigorexie sont multiples et complexes. D’une part, la bigorexie peut avoir une origine psychologique : besoin d’augmenter l’estime de soi, de combler un vide affectif ou de modifier l’apparence corporelle qui est sous-estimée. D’autre part, l’activité physique génère beaucoup de dopamine et d’endorphine, telle que la prise de drogues ou les rapports sexuels. Ces molécules agissent comme neurotransmetteurs dans le cerveau et sont associées autant au sentiment de plaisir qu’au soulagement de la douleur et du stress. Ces neurotransmetteurs sont libérés par notre cerveau lors d’expériences de plaisir. Et c’est le plaisir lui-même qui joue un rôle dans les processus de dépendance.

Une autre explication à considérer réside dans l’évolution de notre société contemporaine qui nous bombarde d’images irréalistes et d’idéaux corporels véhiculés par des médias très présents dans notre quotidien. Cette image idéalisée du corps contribue à développer et entretenir l’insatisfaction face à notre image corporelle, et ce, chez les deux sexes. Le culte de la minceur, principalement pour les femmes, est une réalité assez connue. Mais la pression « imposée » aux hommes pour devenir plus musclé est également pointée du doigt. De plus, la valorisation accrue des exploits sportifs individuels, le besoin croissant de dépassement de ses limites, pourraient aussi provoquer une soif excessive pour atteindre des sommets.

En résumé, si les causes derrière la bigorexie sont multiples, un fait demeure, les conséquences de cette dépendance sont bien réelles et nécessitent que l’on s’y attarde.


Que faire ?

Déjà d’en prendre conscience, d’être éveillé là-dessus et d’en parler ouvertement, d’abord avec ses proches, s’avère primordial. Parfois cela suffit à changer ses comportements, pour moduler ses entraînement. Il ne faut surtout pas tout arrêter. J’ai passé ma vie à essayer de motiver mes patients à faire du sport, là n’est pas la question. Mais malgré l’aide de vos proches, si vous n’êtes pas capable de vous autoréguler, discuter-en avec votre médecin, un kinésiologue, un entraîneur, poser des questions. Certaines personnes devront entamer un travail avec un thérapeute spécialisé en thérapies cognitives et comportementales ou un psychologue du sport. Dans certains cas, l’obsession pour le sport ouvrira la porte à la consommation d’autres drogues, comme des stéroïdes anabolisants, des stimulants ou des opiacés (pour pouvoir continuer à s’entraîner malgré la douleur). Demander de l’aide devient alors d’autant plus nécessaire.

Je ne suis pas pédiatre et je ne m’aventurerai pas dans le sujet de l’excès de sport chez les enfants. Cela pourrait faire l’objet d’un autre blogue, mais ce que je sais c’est que les enfants qui pratiquent plusieurs heures de sport par jour risquent de fragiliser leurs os et leurs cartilages non complètement formés. Ils peuvent également expérimenter des troubles de croissance. Chez les fillettes, la puberté peut être retardée. Et quel est l’impact sur leur développement psychique ?

Pour conclure, bien que la grande majorité des gens souffrent, au contraire, d’un excès de sédentarité, si vous n’êtes pas un, ou une, athlète professionnel (le), si l’ensemble de votre vie tourne autour de la pratique du ou de vos sport(s), d’une manière compulsive, intense et quasi quotidienne, si vous y pensez très souvent et que vous vous sentez préoccupé et frustré à l’idée de ne pas pouvoir vous entraîner, vous souffrez probablement de bigorexie. Ainsi une prise de conscience et des actions concrètes devraient être entrepris pour vous protéger et protéger votre entourage ainsi que tout ce que vous avez bâti. Comme on dit souvent, trop c’est comme pas assez !

Vous pouvez me suggérez d’autres sujets dont vous aimeriez entendre parler, ça me ferait plaisir d’y consacrer, dans la mesure du possible et de mes connaissances, un de mes prochains blogues. À bientôt !




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