Ma pratique artistique s’est d’abord construite autour d’une réflexion sur le dualisme : géométrique et organique, abstrait et figuratif, microscopique et macroscopique, réel et virtuel. Ces oppositions apparentes m’ont longtemps permis d’interroger la complexité de la représentation et de la condition humaine.

Avec le temps, ma recherche s’est déplacée. Je m’intéresse moins aujourd’hui à ce qui oppose "virtuellement" ces réalités, qu'à ce qui les relie, les traverse et les transforme. La transparence, la superposition et le travail par couches demeurent importants dans ma pratique. Peinture, dessin, photographie et image numérique me permettent de faire coexister différentes formes, matières et échelles de représentation.
Les signes, les mots et les formes proches de l’écriture apparaissent également dans mes œuvres, à la frontière entre ce qui peut être lu et ce qui demeure à interpréter.
Depuis plusieurs années, les traces, la mémoire et le vivant occupent une place croissante dans ma recherche. Mon travail avec Physarum polycephalum, organisme unicellulaire capable de former des réseaux complexes, a profondément transformé ma manière d'envisager une partie de ma création. Je ne cherche plus seulement à représenter le vivant : je l’observe, j’expérimente avec lui et j’accueille les formes, les déplacements et les traces qu’il produit.
Ces manifestations deviennent à leur tour matière à création. Elles peuvent être conservées, photographiées, filmées, dessinées, peintes ou réinterprétées. Elles évoquent tour à tour des réseaux, des cartographies, des paysages, des écritures ou des systèmes de communication.
Cette rencontre soulève des questions qui dépassent Physarum lui-même : qu’est-ce qu’un signe? Une trace peut-elle devenir langage? Où commence l’intention? Que se passe-t-il lorsque l’artiste accepte de ne plus être le seul à déterminer la forme de l’œuvre?



Mon parcours entre art, science et écriture nourrit cette recherche. L’observation et l’imagination, la connaissance et l’intuition n’y sont pas contradictoires : elles constituent différentes manières d’interroger le réel.
Ma pratique se situe aujourd’hui dans cet espace de rencontre, là où art, science, langage et vivant peuvent ouvrir de nouvelles façons de regarder, de comprendre et de raconter le monde.

