• Janick Laberge

Les environnements: pour faire voyager le lecteur, de près ou de loin...

Que ce soit à l’intérieur d’une cuisine ou à l’autre bout du monde, j’ai envie de faire vivre des lieux aux lecteurs, qu’ils aient l’impression d’habiter un espace avec les personnages. Les voyages sont parmi les souhaits les plus élevés de la majorité des gens. Cela risque probablement de décupler après la pandémie au moment où les interdictions seront levées. Lorsqu’on questionne plusieurs personnes sur ce qu’ils veulent faire à leur retraite par exemple, une des réponses les plus fréquentes est précisément de pouvoir voyager. Et combien de jeunes étudiants rêvent de découvrir le monde ?


J’ai eu la chance de pouvoir visiter plus d’une centaine de destinations à travers le monde. Que ce soit dans un but strictement touristique, ou pour participer à des expositions, relever des défis physiques, participer à de grands événements ou autres activités socio-culturelles, mais le plus souvent pour un mélange de ces raisons. Par contre, les conditions dans lesquelles se sont déroulés ces voyages n’étaient pas toujours de tout repos, mais cela fait partie de l’expérience. Et c’est souvent dans des conditions difficiles que l’on crée les liens les plus solides. Plusieurs de mes amitiés les plus significatives ont justement germé dans la souffrance d’une ascension casse-cou ou dans une expédition exténuante de kayak de mer au Moyen-Orient… Impossible d’oublier les gens qui t’entourent et t’encouragent dans de telles aventures et ces lieux-là sont gravés dans ta tête à jamais.

Donc, les lieux que j’utilise pour mes romans seront de trois natures. D’une part, j’utilise des sites, des villes, des pays qui ont imprégné ma mémoire et que je veux partager avec les lecteurs. Toutes ces images que j’ai accumulées dans ma tête ne doivent pas mourir avec moi. Bien des gens ne voyageront que par la lecture et si je peux les amener quelque part avec moi, leur montrer par des mots ce que j’ai vu de mes yeux et s’ils peuvent les apprécier eux aussi, j’aurai peut-être rempli une partie de ma mission. Il y a bien sûr les encyclopédies pour visiter un endroit. Il y a les sites internet. Il y a tant et tant de sources disponibles, mais créer une histoire avec des personnages dans un lieu spécifique produira bien plus l’impression d’y être allé soi-même que de regarder une simple image. Du moins, c'est mon impression lorsque je lis certains auteurs. Je vois la scène. Je la vis et c’est précisément ce que j’essaie d'offrir aux lecteurs. Pour tout vous dire, je prépare une série littéraire (presque deux tomes de complétés) dont l’action de chacun des tomes se déroulera dans des lieux extraordinaires qui font partie de mes plus beaux souvenirs et qui deviendront des cadres parfaits pour des thrillers d’action, tous très différents les uns des autres, mais avec un fil conducteur et un va-et-vient de personnages que l’on devrait apprendre à aimer ou à détester…


L’autre possibilité, et elle est tout aussi palpitante pour moi, voire plus, c’est que je place les personnages dans un lieu que je ne connais pas personnellement, comme cela a été le cas pour la Malaisie dans Le génome. Je cherchais un laboratoire de niveau 3 ou 4, mais dans un lieu qu’il me plaisait de découvrir. Bien entendu, même si j’effectue beaucoup de recherches pour les endroits que j’ai déjà visités, créer une histoire dans un lieu où tu n’as personnellement acquis aucun repère mental demande beaucoup d’investigations. Quel hôtel choisir ? Comment se présente un laboratoire de niveau 3 ? Où se situe l’hôtel par rapport au laboratoire, à l’aéroport, aux restaurants, aux autres sites importants ? Il faut consulter la carte de la ville pour les trajets en voiture et dans mon cas, faire passer les personnages par les vraies rues, etc. Comme dirait ma mère, un travail de moine. Mais cela est passionnant et c’est probablement grâce à ça que les lecteurs y croient. J’ai choisi avec soin les plats et les boissons malaisiennes que les personnages mangent ou boivent. Plusieurs lecteurs m’ont avoué avoir trouvé « savoureux » ces passages qui allègent l’histoire en créant du rythme, tout en campant tellement les personnages dans la réalité du moment que tu as le goût de sauter dans un avion (si cela était possible) pour aller savourer tout ça. Et la magie a opéré, du moins pour moi. Maintenant, oui, j’aimerais bien visiter la Malaisie, alors que je n’y avais jamais vraiment songé auparavant. Pour les scènes au Québec. Même chose. Je voulais visiter cet endroit depuis longtemps. Je me suis donc donné une bonne raison d’y aller et c’était formidable. J’ai trouvé ce que je cherchais. Je ne vous en dis pas plus pour ne pas gâcher la sauce.


Le dernier élément, et non le moindre, les environnements intérieurs. Je pense qu’il faut donner juste assez d’éléments et de détails pour bien situer la scène. Utiliser les sens est un des bons moyens pour la faire vivre au lecteur. Qu’est-ce que les personnages voient, entendent, goûtent, touchent, sentent ? Il suffit parfois de peu de choses pour se situer ; le tic-tac d’une horloge déposée sur un meuble, l’odeur du café le matin, le bruit ahurissant d’un train qui passe tout près d’un bidonville, etc. Il y a des auteurs qui écrivent des paragraphes complets pour décrire une scène et ça peut être très bien. Marcel Proust en est un exemple. Ses descriptions sont tout à fait somptueuses, languissantes, avec des phrases qui n'en finissent plus, mais que l'on savoure lentement et avec délectation. Pour ma part, l'objectif est tout à fait différent. J’essaie donc de créer l’ambiance avec une économie de mots, en privilégiant les dialogues qui créent plus d’action. J’essaie simplement d’enrober mes personnages de leur univers, de bien les camper dans un lieu qui contribue fortement aux images mentales que le lecteur se créera dans sa tête. Elles serviront même de point d’ancrage, au moment d’une interruption de lecture par exemple, pour remettre les personnages en selle lorsque le lecteur revient pour repartir le film…



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