• Janick Laberge

Rien de mieux qu'un bon héros pour faire une bonne histoire; et si c'était une héroïne!

Mis à jour : il y a un jour

Bien évidemment, vous pouvez trouver une foule d’informations, sur de multiples sites web et différentes sources crédibles, qui vous décriront, pas à pas, la création du parfait héros. De plus, les formations et classes de maîtres sur l’écriture de romans pullulent littéralement en ce moment. Mon intention est de vous parler un peu de mon processus de création personnelle. De mon approche face au personnage central d’une histoire, le héros.


Disons d’abord que j’ai choisi de mettre en scène, de façon prépondérante, une héroïne plutôt qu’un héros. Pourquoi ? Toujours la même réponse à cette question, par une autre question : pourquoi pas ? Ma première motivation était donc toute simple : il y a bien assez d’auteurs qui créent bien assez de héros comme ça. Je pense évidemment aussi que l’héroïsme des femmes n’a pas été suffisamment mis en évidence jusqu’à maintenant. Et lorsque cela a été tenté, le résultat n’a pas toujours été à la hauteur des attentes. Prenez seulement les films mettant en vedette une superhéroïne comme Cat Woman ou Lara Croft, ou encore la nouvelle Wonder Woman 1984 (sortie à la fin décembre 2020) où les superpouvoirs résident souvent plus dans le microcostume hypermoulant que dans les capacités de ces belles aphrodites à résoudre le conflit avec l’antagoniste. Généralement, les succès de ce genre de films ont été mitigés et les critiques plutôt incendiaires, contrairement à leurs équivalents avec des héros masculins. Alors, pourquoi ne pas suivre la voie du héros, déjà toute tracée, à laquelle le lecteur s’attend ? Et bien, si nous voulons qu’un jour les stéréotypes chargent, nous n’avons pas le choix, il faut oser. Il ne s’agit pas de remplacer de force le héros traditionnel et encore moins de construire un héros déguisé en femme, non. Simplement croire, et donc démontrer que les femmes peuvent faire d’aussi bonne héroïne, sinon meilleure. Pourquoi ? Parce qu’elles possèdent toutes les qualités requises et parce qu’on ne s’attend pas à ça d’elle. Comment une femme ordinaire, comme Julia dans mon roman Le génome, pourrait-elle sauver le monde ? Normalement, c’est à d’éminents savants masculins ou à Tom Cruise que revient ce privilège… Plusieurs lecteurs m’ont félicité et m’ont mentionné qu’il était très rachaîchissant de « féminiser » mes histoires, même jusque dans le vocabulaire parfois. Et ce n’est que le début. Car aussi loin que je regarde sur ma « planche à dessin numérique » j’accorderai une grande place à des héros féminins et cela pour une bonne dizaine d’années encore… Par contre, l’un n’exclut pas l’autre et il ne faut surtout pas tomber dans le dogme ou le fanatisme. Dans mon recueil de nouvelles, Les secrets de l’Institut, sur les dix nouvelles, il y en a six dont le personnage central est un homme. Il faut dire qu’il s’agit de problèmes de santé mentale, alors c’est normal… Non, évidemment je blague là ! À vous de juger de toute façon.


Je ne me considère nullement du côté du sexisme, ni du féminisme à proprement parlé d’ailleurs, mais plutôt du côté de l’humanisme, du moins le plus possible. Je crois aux capacités des êtres humains de pouvoir changer le monde dans lequel ils vivent. Donc, un défi fondamental pour moi est de rendre le héros (ou l’héroïne, c’est pareil), le plus humain possible, tout en conservant son côté merveilleux, son petit quelque chose qui le distingue de nous et qui nous accroche parce que nous voulons nous identifier à lui (ou elle). Je ne crois pas aux héros totalement inaccessibles, totalement décrochés de la réalité. Bien entendu, le héros doit être, et surtout le devenir au fil du récit, plus grand que nature, mais cette transformation sera surtout intérieure. Le héros dépassera ses limites du départ et deviendra quelqu’un d’autre, une meilleure version de lui-même. C’est à ce moment-là que le lecteur peut s’identifier au héros et croire que lui aussi il peut changer. Il peut faire la différence à sa manière. Et pour moi, tout ça doit se produire d’une manière agréable, divertissante et instructive. J’aurai l’occasion de vous reparler de l’aspect volontairement hybride de mes histoires : un mélange de thrillers, de documentaires, d’intrigues policières, de romances, avec des pointes d’humour et d’ironie. Ce style débridé m’a d’ailleurs déjà été reproché, disons souligné, par certains éditeurs qui voyaient mal ou mes livres pourraient être classés dans les rayons des librairies et sur les sites internet. Je n’avais jamais pensé à ça, mais je ne cherche pas à écrire le meilleur roman policier ou le meilleur roman d’amour. Je cherche seulement à écrire des livres qui me ressemblent et qu'il me plairait de lire. De toute façon, je suis moi-même un modèle hybride, à moitié scientifique, à moitié artiste. Et encore là, les proportions n’ont jamais été définies.


L’autre raison indéniable pour ce penchant vers la féminisation de mon personnage principal, c’est évidemment que je sois moi-même une femme. Il est bien plus facile de me projeter dans la peau d’une héroïne. La réalité corporelle est similaire. Bien entendu, il faudra lui donner des attributs physiques qui lui sont propres, mais ce sont les attributs psychologiques et dramaturgiques qui en feront ou pas une bonne héroïne. D’instinct, l’expérimentation des différentes situations mise en place dans le roman seront peut-être plus réalistes pour moi, donc j’imagine pour le lecteur, si l’héroïne est une femme. Mais quelles sont donc les qualités fondamentales d’une bonne héroïne ? Je ne prétends pas détenir le monopole de la vérité en cette matière, loin de là. De plus, je débute dans le métier, alors, avec le temps bien des choses peuvent, et doivent évoluer.


D’abord, à mon avis, il est assez clair que bon nombre d’auteurs vont faire incarner par leur héros, des qualités qu’ils ont envie de posséder eux-mêmes. Je ne fais certainement pas exception. Il y a plusieurs types de héros d’ailleurs. Certains sont pratiquement parfaits au départ et dépassent déjà les capacités et les qualités de bien des humains. Plusieurs lecteurs adorent ce type de héros et en redemandent. Ils veulent admirer un héros qui les outrepassent, une sorte de demi-dieu. Pour ma part, je préfère un héros, disons davantage une héroïne dans mon cas, qui soit plus près d’une personne humaine, comme chacun de nous, avec ses failles, ses contradictions, ses conflits intérieurs et ses défauts. Selon moi, cela garantit une plus grande proximité avec le lecteur qui peut s’identifier à ce personnage, homme ou femme finalement.


Outre la résolution de l’intrigue, c’est dans la description subtile de la transformation du héros que tout se passe. Que deviendra-t-il ? Et en fait, qui deviendra-t-il ? Comment l’histoire va-t-elle le métamorphoser, peut-être comme le lecteur et l’auteur voudraient se transformer eux-mêmes ? Il ne faut jamais oublier que les questionnements et les besoins de basse d’un bon héros sont fondamentalement les mêmes que pour tout être humain : l’instinct de survie, comprendre et se situer face au bien et au mal, le besoin de réussir, d’être libre, le droit à s’exprimer, le besoin de venger un sentiment d’injustice et par-dessus tout le désir d’aimer et d’être aimé.



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© 2019- 2020 par Janick Laberge