• Janick Laberge

L’autoédition : un choix délibéré ou un mal nécessaire ?

Mis à jour : juin 22

Pourquoi décide-t-on de plonger, tête première, dans l’autoédition ? Quels sont, selon moi, les avantages et les inconvénients ? Voici donc mes constatations à la suite de ma première expérience de publication, mon recueil de nouvelles L’Institut.


image par Luka Bieri de Pixabay


Soyons positifs et débutons par les avantages :

1– Arrêter d’attendre :

Il est très pesant pour un auteur de toujours attendre une réponse d’un éditeur quelque part qui daignerait bien s’intéresser à son livre (donc à soi). Bien entendu, pour un auteur son livre est un peu son enfant, une partie de lui-même, et rejeter son projet c’est un peu comme le rejeter lui. C’est du moins ce que la majorité des auteurs doivent vivre, au début en tout cas. C’est la façon dont moi je recevais les lettres de refus, toutes plus stéréotypées les unes que les autres : nous ne pouvons retenir votre texte pour publication, car trop éloigné de notre ligne éditoriale ; notre comité de lecture a pris connaissance de votre livre avec attention, mais l’avis qu’ils ont rendu n’est malheureusement pas favorable et il ne nous sera donc pas possible de retenir cet ouvrage pour nos prochains programmes. De temps à autre, il y aura une réponse un peu plus encourageante, du genre : il ne s’agit pas d’une œuvre à laquelle nous pensons pour une éventuelle publication. Elle possède toutefois une belle qualité narrative et un concept intéressant, mais ne correspond pas à ce que nous recherchons à l’heure actuelle. Le chemin sera d’autant plus long et difficile si vous êtes un parfait inconnu et que vous n’êtes recommandé par personne.

Alors, nous nous retrouvons donc face à trois choix : on continue et on envoie encore et encore des propositions à d’autres éditeurs, parfois après avoir passé de nombreuses heures supplémentaires sur son texte à corriger, reformuler, couper et rattacher les ficelles. Sans succès. L’autre option est de tout lâcher ; on arrête la machine. Ou bien, on passe du côté obscur et on tente le coup avec l’autoédition. De plus en plus d’auteurs le font d’ailleurs.

De mon côté, j’ai proposé un roman, le premier tome d’une série littéraire, à une bonne vingtaine d’éditeurs au Québec et en France. Aucune réponse positive. Mais, j’avais finalement compris une chose, si vous ne décrochez pas un contrat d’édition, ce n’est peut-être pas à cause de la qualité de votre texte (bien sûr parfois oui), mais le plus souvent ça sera pour une foule d’autres considérations. Dans mon cas, il semble que le projet était bien trop gros (7 tomes au total) et trop bien défini (les sept histoires sont quand même assez claires déjà avec, bien entendu, toute la latitude réservée à la création dans l’acte d’écriture). Un projet trop net, trop construit était peut-être un peu suspect. Mais j’ai fini par comprendre que c’était plutôt le risque financier qui était trop grand. Une auteure inconnue qui arrive avec un projet d’une telle envergure ne retiendra pas l’attention. Malheureusement, ce n’est que le vingtième éditeur qui a eu le courage de me dire la vérité. Mon projet faisait peur. Personne n’embarquerait là-dedans. De plus, la pandémie de COVID-19 avait donné le coup de grâce à mes derniers espoirs.

J’ai donc décidé que j’arrêtais d’attendre et que je ferais moi-même mes propres publications. J’avais par contre saisi au passage, qu’il faudrait procéder par petites bouchées, et non commencer par un premier roman de 500 pages !

2– Contrôler son calendrier :

Un autre avantage important sera la gestion du temps. Du mode attente, on passe désormais en mode action. L’auteur autoéditeur sera maître de son calendrier de publication : qu’est-ce que je vais publier en premier ? Comment ? Et quand ? Par contre, comme pour une édition traditionnelle, il faudra respecter ses échéanciers, sinon à quoi bon… L’autoédition demande donc un aussi haut niveau de discipline, peut-être même plus, car vous n’aurez personne pour vous pousser dans le dos et vous dire d’avancer. Vous pourrez publier trois ouvrages par années si vous le voulez, mais attention les lecteurs s’attendront au même niveau de qualité.

3– Apprendre de nouvelles connaissances :

Le fait de vouloir publier soi-même et de le faire en réalité ne relève pas de connaissances innées; il faudra donc apprendre. Vous ne pourrez pas éviter de vous former à l’autoédition. Plusieurs possibilités s’offrent à vous : des tutoriels de la plateforme, ou des plateformes, que vous aurez choisis ; des cours plus formels sur l’autoédition par différentes organisations. Pour ma part, j’ai suivi une formation en ligne pour publier sur une plateforme en particulier. Étant donné que de contrôler déjà une plateforme, autant pour les livres numériques que pour les livres papier, n’est pas une mince affaire, j’ai décidé, pour le moment, d’offrir mes livres sur cette plateforme uniquement. Bien entendu, cela limite le choix des acheteurs potentiels, mais il vaut mieux bien contrôler une seule plateforme que de mal travailler avec toutes les plateformes. Pour moi, apprendre comment les choses fonctionnent constitue un véritable atout, car cela nous permet de mettre en perspective toutes les étapes de la publication et le coût que chacune peut représenter.

4– Des redevances plus élevées et tout de suite :

En général, vous aurez plusieurs options pour vos redevances concernant vos autopublications selon le prix du livre. En moyenne, celles-ci sont nettement plus élevées qu’avec un éditeur conventionnel. Normalement, avec une maison d’édition, on vous proposera un contrat avec entre 7 % et 20 % de redevances. Disons 10 % pour faire un chiffre rond, et ce jusqu’à 5000 exemplaires, 12 % de 5000 à 10 000 exemplaires et 15 % pour plus de 10 000 exemplaires. Notez que les contrats à 20 % ne courent pas les rues et sont normalement réservés aux auteurs confirmés, ou encore si vous acceptez de payer pour certains aspects de votre publication. On se rapproche donc ici de l’édition à compte d’auteur. Dans ce cas, c’est l’auteur qui fait éditer son livre par un éditeur qui a bien voulu accepter son ouvrage, mais qui assure seulement la partie technique de l’édition et de la diffusion. L’auteur paie les frais d’impression et de publicité de son livre. Il reste par contre propriétaire de ses droits d’auteur et il contrôle le nombre de livres édités. Habituellement, avec une maison d’édition traditionnelle, vous ne percevrez vos redevances qu’un an après la vente de votre livre. Pour ce qui est de l’autopublication, les redevances sont généralement versées au fur et à mesure, directement dans le compte de l’auteur, et le pourcentage est nettement plus intéressant, soit entre 30 % et 80 % selon les options choisies. Par contre, vous ne bénéficiez évidemment pas de la force de marketing et de la renommée d’une maison d’édition reconnue.

5– Vous conservez vos droits d’auteur :

En général, lorsque vous êtes acceptés par une maison d’édition, vous devez céder vos droits d’auteurs, parfois tous vos droits, incluant vos droits d’adaptation audiovisuelle, de traduction et de diffusion à l’étranger. Ainsi, si jamais votre manuscrit connaît un grand succès et qu’une adaptation est pressentie, ce n’est pas vous qui détenez vos droits, mais votre éditeur. Dans le cas de l’autoédition, vous conservez tous vos droits. C’est donc vous qui devrez vous débrouiller avec Netflix ou un autre diffuseur, le cas échéant. Mais si jamais c’était le cas, vous aurez alors un beau problème à régler et vous pourrez impérativement vous faire conseiller à ce sujet.

6– Le prix proposé sera généralement plus bas pour l’acheteur :

Puisque vos redevances sont plus élevées et qu’elles vous sont versées régulièrement, vous pourrez proposer vos livres à un prix moindre qu’avec un éditeur traditionnel qui assume des coûts d’opération nettement plus élevés. Dans la vie, on n’obtient rien pour rien. Si vous arrivez à proposer des livres de plus en plus aboutis à moindre coût, vos lecteurs n’en seront que plus heureux.

7– Une belle vitrine pour votre écriture :

Vous êtes peut-être un auteur de grand talent, mais si personne ne peut lire vos livres, vous n’êtes pas bien plus avancés. Les éditeurs sont peut-être passés à côté de quelque chose. On ne le saura jamais si vous laissez dormir vos écrits dans le placard. L’autoédition n’est pas parfaite, loin de là. Elle possède ses qualités et ses défauts, comme toute chose. Elle aura cependant le mérite de vous faire connaître, si vous y mettez un peu du vôtre de ce côté, notamment par le biais des réseaux sociaux. Et peut-être à la suite de cette diffusion, un éditeur traditionnel ou un autre diffuseur vous feront-ils par la suite la grande demande! À vous alors d’évaluer l’offre pour savoir si elle est plus avantageuse pour vous que de rester dans l’autoédition. Au moins, aurez-vous alors une option.

8– Pas de « stock » à gérer : La beauté de l’impression à la demande, qu’offrent plusieurs plateformes d’autoédition, est que vous n’avez aucun inventaire qui s’accumule dans votre sous-sol. Vous n’avez pas nécessairement à faire imprimer une quantité X de livres que vous devrez impérativement vendre par la suite. Peut-être quelques exemplaires évidemment, pour des besoins plus précis, mais pas des quantités considérables. Votre lecteur se rend sur la plateforme en ligne et commande votre livre, soit en format ebook, qu’il reçoit immédiatement pour lecture sur sa liseuse, sa tablette ou son ordinateur, soit en format papier, qu’il recevra alors directement à l’adresse indiquée. Simple comme bonjour. Et aucun casse-tête de votre côté.

Maintenant quels sont les désavantages :


1– Vous y consacrerez un temps considérable :

Tout créateur voudrait consacrer son temps uniquement à la création de son œuvre. Évidemment, un nouvel apprentissage requiert du temps. Un temps que vous ne pourrez pas consacrer à l’écriture. Pour apprendre l’autoédition, ou tout autre savoir, cela va vous demander une bonne dose de patience et forcément, d’essais et erreurs. Cela n’est pas toujours facile ni agréable et on a parfois l’impression de se faire voler un temps précieux qui pourrait être consacré, qui sait, à la rédaction de votre futur best-seller… C’est une question de choix. Vous ne faites que vous consacrer à votre passion et vous oubliez tout le reste, en faisant confiance à votre bonne étoile et à votre immense talent, pour trouver l’éditeur chanceux qui pourra bénéficier en même temps que vous de votre chef-d’œuvre, ou vous vous mettez les mains dans le cambouis et vous n’attendez plus. Mais cela gobera forcément du temps que vous ne pourrez pas consacrer à la création.

2– Il vous en coûtera un peu d’argent :

Avec les plateformes d’édition en ligne, vous pouvez publier votre livre complètement gratuitement, mais vous n’aurez ainsi aucune assistance externe. Vous devrez vous-même voir à la qualité linguistique de votre manuscrit (le contenu) et à la mise en forme (le contenant). L’autoédition traine souvent une bien mauvaise réputation, car la qualité des manuscrits proposés y était parfois médiocre. Le tout tend à changer. Les auteurs prennent un soin de plus en plus grand quant à la qualité de leur produit et cela se reflète petit à petit sur le niveau d’appréciation des lecteurs. Il y a cependant certains coûts qui ne devraient jamais être négligés selon moi. Investissez nécessairement dans une bonne révision linguistique. Pour ma part, cela m’apparait tout à fait nécessaire. Vos lecteurs accepteront peut-être un petit vice de forme, du moins pour vos premiers ouvrages, mais un livre bourré de fautes passera sûrement moins bien… Pour la couverture, des outils assez performants vous permettront de réaliser, avec un minimum de compétence, une couverture acceptable pour vos livres numériques et vos livres papier (livres brochés dans le jargon). Personnellement, j’ai passé de nombreuses heures à essayer de concocter une quatrième de couverture originale pour mon premier livre, L’Institut, mais l’outil de publication n’a jamais accepté de la télécharger. J’ai donc convenu d’utiliser une quatrième de couverture plus simple, pour cette fois du moins. Petite déception pour moi, puisque j’avais un moindre contrôle sur la grosseur de la police pour la biographie de l’auteur notamment et l’impossibilité d’ajouter des éléments comme les pictogrammes des réseaux sociaux. Ça sera pour la prochaine fois. Par contre, si vous devez faire réaliser votre couverture par quelqu'un d'autre, voire un graphiste professionnel, le budget en sera forcément affecté. De même, pour la mise en page et la vérification finale de l'épreuve. À vous de voir, jusqu'où vous voulez investir pour avoir un produit de qualité professionnelle. De plus en plus d'auteurs en autoédition arrivent à des livres très bien faits.

3– Vous devrez faire la promotion de votre livre vous-même :

Il n’y aura personne pour vous aider à vendre votre livre. Évidemment, si on choisit ce domaine de création qu’est l’écriture ce n’est pas pour écrire à soi-même, mais pour être lu. Alors dans le cas d’une maison d’édition conventionnelle, vous pourriez bénéficier de toute une machine bien huilée pour le marketing de votre publication. Par contre, cela engendre des coûts importants pour la maison d’édition et rarement un gros budget de promotion sera consacré à un auteur émergeant. Alors, même dans une maison d’édition qui a pignon sur rue et qui est reconnue depuis longtemps, l’auteur est désormais mis grandement à contribution pour la promotion de son manuscrit : réseaux sociaux, séances de signatures dans des librairies, salons du livre, etc. Dans le cas de l’autoédition, cela n’est même pas une option. Vous devrez promouvoir votre livre vous-même. Et cela consommera encore là une grande part de votre temps : répondre à vos lecteurs, écrire des articles sur les réseaux sociaux, etc. Ne pas le faire c’est carrément dire que vous oubliez de développer votre lectorat. Vous dites adieu à vos rêves de devenir un auteur avec un certain succès, et ce même si à priori vos textes sont peut-être géniaux.

4- Vous devrez vaincre les préjugés contre l'autoédition:

Vous n'avez pas le contrôle sur ce qui s'est fait avant vous, mais vous pouvez mettre tout en oeuvre pour chouchouter vos publications et ainsi gagner la confiance et le coeur des lecteurs. Ne négligez rien pour que vous ayez un produit d'une grande qualité à proposer. C'est ce que j'essaierai de faire moi-même en sachant que ce ne sera pas parfait au départ (il faut bien se rendre à l'évidence), mais en continuant constamment à m'améliorer.


Alors, l'autoédition s'apprend comme toute chose. Elle possède ses avantages et ses failles également.

À vous de peser le pour et le contre.


À vos plumes et claviers, votre métier d’auteur n’attend que vous. Tous les choix s’offrent à vous pour faire vivre vos histoires !




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